Gloire à Jupiter, mon puissant père, et louanges à Dieu !...Quel beau dimanche !...Mon c½ur est rempli d'une allégresse tranquille...Pourquoi et comment ? Je vais vous le conter, dès lors que Mercure est mon allié. Car j'adresse un message aux dieux ! Je me suis fait violence...Et j'ai vaincu !
Ce matin, donc, dimanche, j'avais à c½ur de voir l'Aimée. Nous avions rendez-vous ce soir à vingt heures. Elle, Judith et moi. Mais ça ne pouvait pas attendre ! Je voulais la voir seule ! Lui montrer les photos...et lui offrir la sorcière de chiffons montée sur un balai ! Je l'avais achetée pour elle, sur les rives du « Duna ».C'était symbolique, évidemment ! Je n'ai pas choisi un cadeau pour l'Aimée au hasard ! J'y ai apporté tous mes soins !...
On peut dire que l'Aimée était une sorcière, si l'on veut...Mais c'était surtout une enfant. Et c'est là, la force de l'âge ! On a de l'expérience, on s'en laisse moins conter par la vie et par les dieux, et aussi, sans doute, on est plus patient. Puis l'on commence à reconnaître...qu'il faut être fort !
Je téléphonais à dix heures chez ses grands-parents. La famille de l'Aimée habite la porte à côté...Mais la grand-mère me dit qu'elle était partie au temple et qu'elle reviendrait à midi. Au temple mais pas à la messe, car ils sont protestants...Nuance !...Les catholiques, eux vont à la messe. Ils se confessent...brûlent quelques cierges, adorent quelques statues, prennent l'hostie, et c'est tout bon ! La vie peut reprendre son cours, on a donné l'absolution...Et tout va ! Ils en ont des sacrements et de la pompe, les catholiques ?...Ca rassure les fidèles !...
J'y suis allé à l'Eglise en Hongrie. Je peux vous le dire ! Ça chauffe ! Certains sont à genoux sur le sol ! L'église est toujours pleine le dimanche ! Et c'est du sérieux, du sincère, que c'en est beau à voir !
Les protestants, par contre, c'est plus vicieux !...Regardez...Vous verrez des gens sectaires qui prétendent connaître la Bible ? A mourir de rire !
Ce ne sont pas des buveurs impénitents, non !Des baiseurs ?encore moins ! Rares sont les jours où ils se « tapent la cloche » en rotant, par excès de nourriture et de bon vin !...Rares et inexistants !
Un protestant, c'est sec comme un hareng saur ! Ça ne rigole pas ! D'ailleurs c'est écrit dans la Bible « qu'il faut pas rire » ! A mourir, vous dis-je ! Du sexe ? Pas question d'en parler ! C'est à peine utile « pour faire des enfants » ? Presque il s'excuse quand il prend son plaisir, un protestant ! Et sa femme proteste ! Le sexe, c'est l'ennemi...le diable en personne ! Et à part ça ? Rien ! C'est le silence !...Et puisqu'on se tait, on refoule !...T'as déjà vu la culpabilité sur la gueule d'un protestant ? Ça pue ! Ça dégage une odeur de purée de pomme de terre qu'aurait viré au vert !
Peu importe...elle était au temple pour prier Dieu,se considérant elle-même comme une pécheresse...Surtout après être passée entre mes mains qui ne refusaient aucune caresse à son corps si blanc...C'était une pécheresse...Et elle avait pêché avec un ver diaboluisant...Moi !!!C'est pour ça que je hais les protestants. Pour toutes ces idées qu'ils lui ont mises dans la tête ! L'idée que l'on peut gagner Dieu par le mérite ? Mais Dieu ne se gagne pas ! Il se donne ! Il est ! Passons...Revenons à l'Aimée ... Tout ça, c'était pour expliquer pourquoi elle est malade et d'où ça vient !...Tout comme moi, d'ailleurs, qui suis d'une famille catholique !
Ainsi je l'attendais dans un bar, pas très loin de chez elle...Après lui avoir téléphoné. Le prétexte était que je voulais lui donner quelque chose, mais sans préciser quoi !...Elle avait peu de temps, mais voulait bien venir. J'ai dit : « parfait ! ».Quand elle fut là, nous allâmes sous la voûte d'une église, un peu à l'abri du vent...Elle se méfiait ?...Ce en quoi elle avait raison ! Car j'étais un homme qui l'aimait !
Le cadeau, ça viendrait plus tard...Je sortis les photo ! Il fallait faire durer...Je lui ai fait quelques commentaires flatteurs...lui disant que c'était artistique, que je l'admirais beaucoup pour les capacités qui étaient en elle et que moi seul voyais ! Puis...enfin :
« Je te fais un cadeau... Pour te remercier ! »...
Un peu surprise, comme se défendant, elle répondit : « me remercier...de quoi ? »
« Pour te remercier d'être là !et parce que je te dois beaucoup », lui dis-je (je l'avais préparée, la réponse !)
Voyant « la sorcière », elle fut joyeuse ! D'ailleurs elle adore les cadeaux ! Elle me l'a dit ! Elle était craquante...Mais point trop n'en faut...avec son costume de pauvre magyar qui va au temple...Modeste et digne ! Mais elle tient plus de l'ange que du protestant !
Ça m'a fait du bien de la voir ! Elle avait l'esprit du dimanche comme un halo de lumière qui éclairait mon c½ur...Enfin, je te retrouve !...C'est toi ! Cette jeune fille pure que j'ai vue la première fois ! Je ne m'étais pas trompé ? C'était bien ça...C'est Toi !
Elle m'avait embrassé avec beaucoup d'amitié et de chaleur...J'étais troublé...Dimanche en elle m'éclairait ! Qu'est-ce qu'il lui avait dit, le pasteur, pour qu'elle soit si belle ? Profitant de cette nouvelle rencontre dans la sainteté, je lui posais quelques questions sur la dernière soirée que nous avions passée ensemble !
_Que voulais-tu dire par : « Je suis agréable seulement avec les gens que je ne connais pas » ?
Elle m'expliqua que c'était par timidité...Par crainte d'être rejetée,ou qu'on se moque d'elle...qu'elle était gentille !...Ce n'était rien d'autre que du manque de confiance en soi... Moi qui croyais ?
C'est dur d'avoir confiance en soi, j'en sais quelque chose et je comprends...Avec moi, pouvant s'exprimer librement...elle était franche ! Ses « mauvaises manières »étaient en quelque sorte des compliments ? Devrais-je m'en plaindre sous de fallacieux prétextes de jalousie ?...Je la quittais sans m'accrocher à elle et pris le tram...
Le soir, j'étais une heure d'avance au rendez-vous. Je passais quelque temps d'attente délicieux dans un bar, duquel on pouvait observer une partie de Moszkva Tér...Puis je fis le tour des « Romania », pour acheter des napperons qu'elles vendent en fraude. Elles allaient justement partir, repasser la frontière et elles étaient trois. Toutes vêtues de noir !...Elles me firent penser à des « Madones ».Elles firent une bonne affaire avec moi, moi avec elles...Tout le monde était content !
Dans l'élan, je m'acheminais tranquille vers deux petites vieilles qui étaient là, postées dans la rue (on aurait dû s'occuper d'elles ?)...toute la journée à tendre des bouquets ! J'en achetai deux. Il y en avait un magnifique, toutes fleurs ouvertes et un autre, mignon aussi, pour « mon alliée de toujours »...Judith !
C'était une couronne de laurier sur ma tête et un honneur que de sortir entouré de si charmantes enfants ...moi qui n'était qu'un artiste sans consistance !...Nous allâmes au « Café du Pardon ».Il n'y avait personne ou presque, le pianiste était bon...J'étais ravi ! Mais j'arrive à l'essentiel. Aujourd'hui, j'ai accompli une prouesse...J'ai menti !
L'Aimée était froide comme un couteau ! Pas désobligeante ou irrespectueuse, non, mais froide !...Elle parlait en magyar pendant tout le trajet, moi, je patientais du côté de Judith ...Je m'étais conditionné par avance à la tricherie. Pour ce faire, j'avais pris des tranquillisants. Je suis un homme prudent...J'ai déjà donné dans l'extrême et la passion... j'en ferais autant !...Mais autrement ! Perdu pour perdu, autant affecter le détachement !...Mais il fallait force plantes pour me calmer ! Quand elle enleva son manteau...
L'Aimée était belle...on s'en doutait !...Elle avait un pantalon noir « à pattes d'éléphant » un dessus en satin mauve... un foulard noir autour du cou, comme une esclave somptueuse que l'on tient en laisse...
Mais je cachais ces louanges qui montaient à mes yeux...et blaguais. Je racontais des sornettes un peu paillardes, jouant avec ma cigarette et mon appareil photo...J'avais envie de la croquer à genoux mais (c'est là, la patience d'avoir appris des femmes...) n'en laissait rien voir...N'importe quelle personne d'un peu d'expérience ne s'en serait pas laissé à croire...Mais à ce qu'il me sembla, elle commença à douter...
Elle m'a cru quand je lui ai dit que j'étais content pour elle, parce qu'elle était « sortie »avec un garçon à Nîmes...Que ça lui faisait une expérience !...Et je souriais...Ainsi je jouais le rôle désarmant de celui qui, retrouvant une « copine », se réjouissait avec elle de ses amants ! De la science pour un type comme moi ! Comme il m'en avait fallu, du temps !
Sa « relation »à Nîmes, ne semblait pas l'avoir satisfaite autrement...Le garçon la trouvait pas « cool » !...Tu penses ! Elle n'entretenait pas de correspondance avec lui !...Quel dommage ?...Quel dommage...vraiment ! J'étais on ne peut plus satisfait ! (Bien que j'en souffre encore).Une histoire sans lendemain que c'était ! Tout le contraire de moi, qui était là avec elle, et prenait le temps de l'écouter...
Un jeune, c'est bien !...Mais pour durer ? Il faut de l'expérience, du savoir faire, et de l'amour !...Et ça ?...C'était moi !
Douce comme la neige, ce fut elle en partant, qui me donna rendez-vous...Jeudi huit heures (20h) ! Elle me téléphonerait. Jeudi, je serai là !...Je risque pas d'oublier ! Puis elle partit en courant chez ses parents, car il faisait froid et qu'elle était habillée léger...Moi, triomphant, je rentrais à pieds !...Quel beau coup ! Et qu'il m'en souvienne...J'avais appris à mettre un masque, comme dans un théâtre grec...J'avais joué mon rôle parfaitement...Applaudissements !...Merci !