Szeged ! Judith et Attilá sont venus m'attendre à la gare. Ils sont charmants !...Ce soir j'ai été voir mes amis musiciens, le groupe Barbaro. Quand je dis « mes amis », j'anticipe .Ce ne sont que des connaissances.
Avant le concert Je me suis donc pointé au « Jate Klub ».Il y avait un public très jeune et enthousiaste ! Baragouinant avec le videur je me suis débrouillé pour entrer. J'en tremble encore ! Il ne m'a pas cru quand je lui ai dit que j'étais un ami de Yorgosz mais je suis renté sans débourser un forint ...
L'argent ne manque pas, mais Yorgosz m'avait invité ...Donc !
Le groupe était en train de régler le son. Il m'a fallu affronter d'autres gorilles qui me barraient l'entrée de la salle de concert. Dans les yeux de l'un deux, j'ai senti « la baston » qui se préparait, si j'insistais plus lourdement.
J'ai dit j'attendrais, j'ai tourné bride ! Je ne suis pas en état de me battre, si je l'ai jamais été. Je suis lâche et les coups me font peur ! Ceux qu'il faut donner, ceux qu'il faut prendre ! C'est une des raisons qui me fait préférer la compagnie des femmes. A part quelques exceptions, elles n'aiment pas la violence. Il en est toutefois, qui aiment voir les hommes se battre, parce que ça les excite ! Dommage pour les enfants qui naîtront...
Un peu dépité, j'ai cherché refuge vers le bar. Là Yorgosz est venu me chercher. Chaleureusement il m'a accueilli et mettant son bras autour de mon épaule, il m'a conduit au devant des gorilles ébahis ! Tout fier que j'étais et rasséréné ! Il faut dire que je n'en menais pas large !
J'ai choisi Magyarország pour être le Pays Bleu ! Mais les Magyars, eux n'ont rien décidé ? Ils ne me connaissent pas. Je me demande encore parfois, l'espace de quelques secondes, ce que je fous là ?
Avant de rencontrer l'Aimée, je ne connaissais rien de la Hongrie ? Vaguement la capitale, parce que « les chars russes avaient pénétré dans Budapest ». Donc, je savais que c'était un Pays de l'Est. Je croyais ce pays si loin ? Beaucoup, en France, n'en savent guère plus que moi ? Ah oui ! Encore !...Les Hongrois étaient connus pour attaquer les croisés à cheval ! C'est un peu juste, non ?
Mais je suis ici ! J'ai vu le Pays Bleu dans les yeux de l'Aimée, j'ai aimé son pays, comme j'aime sa maison. Je suis fou...Ici, pas besoin de le cacher...Je suis un Etranger.
Parlons Musique ... J'ai les oreilles qui sifflent encore ! Je me suis mis tout près des baffles, à côté du guitariste. Il est vraiment bizarre ce guitariste ? Il utilise à peu près le même matériel que moi, joue assis, (Tout comme moi) tête baissée, et ne regarde quasiment jamais le public...Je le soupçonne d'être un grand timide...Leur musique est exceptionnelle, j'en suis tout retourné !...Comment expliquer avec des mots, la musique ?...
Le batteur est une espèce de Taureau, qui tape comme un sourd ! Il ne fait pas dans la dentelle, il attaque ! Quand un « mec »comme ça cogne à ta porte, tu ouvres où elle vole en éclats !
Le bassiste est un barbare raffiné, avec une queue de cheval et un zeste de mépris à la bouche. Il semblait avoir une discussion assez vive avec la chanteur...Ce qui est normal, quand on fait le son.
Les hommes sont faits pour se battre, les musiciens ne font pas exception. Quand ils jouent, c'est autre chose ... C'est l'extase !...Le bassiste (par exemple) que je trouvais un peu antipathique, a dans le regard quelque chose de suave quand il joue. Et ça SONNE !
Leur musique est plus que violente pour les oreilles et pour l'esprit ... J'aime ça ! Il y a en moi cette même violence contrôlée et sublimée. Il est nécessaire de l'exprimer.
Question technique, c'est l'enfer ! Pour les initiés, ça n'a rien de facile...On pourrait dire que c'est un groupe « d'avant-garde »mais je n'aime pas cette expression. Non ! Le nom « barbare »dans toute sa splendeur originelle habille cette musique d'un nom qui lui va comme un gant. Même si leur musique est complexe, ils restent simples avec moi, les musiciens du groupe Barbaro.
Ity (le guitariste) m'a trouvé une piaule. Mais il faut payer trois mois d'avance. C'est une aubaine ! Une angoisse aussi, comment vais-je faire ? Chaque fois que je me suis lancé dans de « grandes entreprises », je me suis planté. Pourtant je travaillais dur, j'avais la foi ? Pourquoi Dieu ne m'abandonnerait pas cette fois aussi ?...Comme il m'a semblé le faire si souvent ?
Mais toutes ces questions n'ont que peu d'importance, puisque de toute façon, je vais rester. Je préfère risquer le coup, mourir une bonne fois, plutôt que rester à croupir à Nacens, où rien ne se passe... Puis, c'est vrai ! Ici je serais proche de l'Aimée ! Je rêve ou non ?
Mon Dieu, souviens toi de ma jeunesse. Faisons ensemble quelque chose de grand. Bien sûr, ce n'est pas Toi que j'adore mais Lilith ... Elle me mène par le bout du nez ! Malgré cela conduis-moi vers mon étoile, ou apprends-moi à mourir...d'amour ! Mais ne permets pas que ton nom soit offensé. N'abandonne pas mon âme simple en pays étranger !
Szeged, 26/9/95