Judith est une amie de l'aimée .Elles se sont connues en France, où elles étaient toutes deux jeunes filles au pair.
Heureusement qu'elle est là, Judith ! Ce n'est pas qu'elle puisse grand chose, mais elle est la condition si ne qua non de mon séjour ici. C'est un lien avec la réalité de ce pays. Sans elle ? Je ne saurais où aller ? J'irais pourtant, s'il fallait, mais à quel prix ?
Elle m'a invitée à manger chez ses parents pour la deuxième fois. J'ai un peu honte ... S'ils savaient ? La mère, toute de douceur, semble m'aimer bien. Elle nous sert à table en restant debout dans la cuisine. Le père est assis dans le salon à côté. Leur présence est légère. Ils ne pèsent pas sur l'invité.
Quand à moi, sans gêne, j'engloutis une assiette bien pleine et bien bonne.
C'est vrai que leur appartement est petit. Ils travaillent, je ne sais plus dans quoi, mais il faut des études pour ces emplois là ! Et c'est tout ce qu'ils peuvent s'offrir ? Ce sont des gens cultivés, modestes et leur fille est jolie ! Ce sont pourtant des « privilégiés »par rapport au grand nombre.
Comme la famille de l'Aimée, ils ont élevés leurs deux filles convenablement (car Judith à une s½ur que je ne connais pas. Elle me l'a présentée plus tard)
Judith va à l'université, elle a toujours un peu d'argent sur elle (pour se payer des gâteaux par exemple !)Elle est bien habillée !
Ils habitent un quartier plutôt chic de Buda. En France ce serait des gens aisés, des petits bourgeois.
Moi je suis hors classe, ou hors castes !
L'argent n'a jamais été un problème pour moi, parce que je suis « malhonnête », et que je ne paie pas mes impôts ! J'ai même réussi à « dégotter » une petite pension de l'état. Ce qui fait dire à mon frère que je suis un « assisté » Un artiste raté !
Mais il le dit en souriant, il n'y croit guère. Du moins je l'espère pour lui. Un artiste ... Peut-être ? Où un pauvre type esseulé qui se la raconte, parce que ça l'aide à vivre ?
Moi mon rêve, c'était l'Aimée dans sa chaumière, avec ses tresses blondes. Une fille qu'aurait déjà souffert, mais sans être abîmée par la vie. Qui n'aurais pas craché sur mon coin de ciel bleu, dans le Midi. Elle aurait été pleine de reconnaissance, d'admiration, m'aurait aimé éperdument ! Une « Cendrillon », si vous voulez ?
Mais c'est mon carrosse à moi, qui se change en citrouille. On n'aime pas les moches, les pauvres, les malades. Ce sont des parias ! Il n'y a bien que moi, pour s'en étonner ?
C'est vrai, la vie est dure en Hongrie ! Mais elle est dure aussi pour moi ! Dire que je suis en « vacances » ? En vacances de quoi ? Je n'ai jamais travaillé ou alors j'ai fait semblant...
Judith a un ami qui s'appelle Attilá. Ils étaient venus tous deux, me voir à Esannec. Je ne sais pas comment fait Attilá pour être aussi tranquille ? Je les ai vus dans le même lit, l'un en face de l'autre, dormir paisiblement. Moi, dans ce cas, avec l'Aimée, je n'aurais pas dormi ? J'aurais essayé de la toucher pendant son sommeil en écoutant son souffle. Attilá non ! Il dort ! Il fait pas semblant ?
Il y a ici une innocence qu'il n'y a pas chez nous. Difficile à expliquer ? Ou peut-être c'est moi qui suis vieux ? Eux, ils ont vingt ans ! Mes vingt ans, je les regrettes pas. J'étais en « galère »à Paris comme je le suis à Budapest, pour une blonde aux yeux bleus ! Peut-être est-ce toujours la même galère ?
Cette désespérance, cette noirceur, c'est mon pain de tous les jours. L'on pourrait admettre que j'ai une certaine habitude...Il n'en est rien ! Je n'ai pas d'habitudes, je n'ai que du chagrin. Parfois je me demande si j'ai du talent ou si mes amis ont pitié ? C'est dur d'être mal aimé !...
De chez Judith, je me suis enfui !...Elle m'avait laissé son lit, avec une couverture, c'était gentil...Mais quand je me suis allongé, les fantasmes de l'Aimée m'ont assaillis !...C'est décidé ! Je vais me taper un « Top less » .Voir les culs bouger...à Pest ! Le mal par le mal, quoi ? Finalement, je suis tombé sur une pute (kurva) dans les rues glauques autour de Blaha Tér.
24/9/95