C'est alors que je l'ai aperçue, qui attendait le Villamos à Moszkva Tér. Tu parles si je l'ai vue ! J'ai allumée une cigarette. Aussi discrètement que j'ai pu, me suis approché d'elle, en regardant ailleurs. Elle est venue vers moi ! C'est important ce geste...Qu'elle vienne !
Elle m'a dit « bonjour » en roulant les « r »comme une tourterelle. « C'est bien que tu sois là » ! A-t-elle ajouté. En voici de l'amabilité ? Je me sentais comme un héroïnomane en manque, à qui l'on vient d'agiter un paquet de poudre « premier choix », sous le nez ! J'ai repiqué ! Bon, pas de panique...Je m'y attendais tout de même ?...
Elle était vêtue comme une pauvre magyar qui rentre de l'école. Nous avons été faire un tour dans les bois. Elle a enlevé ses chaussures (que nous avions acheté ensemble à Ansenc) Pour ne pas les abîmer...Marchant les pieds nues dans la boue. Elle toujours été aussi charmante et nature à mon goût. Jusque là, ça allait. J'ai beaucoup parlé...mais ne me suis pas mis en faute d'un aveu intempestif ou déplacé. Comme il était encore tôt, nous sommes partis chacun de son côté. Elle avait ses études à faire m'a-t-elle dit. Moi aussi, j'avais à faire justement... c'était « Rien faire ! ».
Je ne sais si elle se souvient de ce qu'elle étudia ce jour là ?Mais à ce qu'il me semble,elle allait tout comme moi se préparer pour peut-être plus que des retrouvailles...Quelque chose de plus secret...Un premier rendez-vous !
Précisément alors que je buvais un thé brûlant dans la chambre, elle est arrivée ! Elle faisait de l'air en se déplaçant mais s'arrêta soudain...J'avais les yeux flous et le regard lourd, posé sur son ventre, et ne dis rien...J'avais le souffle court et les poumons enfumés par les milles matins de brume passés à l'attendre...Je l'observais...Elle me jouait à l'évidence ...Le GRAND JEU !
Un pull écarlate, au dessus d'une minijupe en peau brune, presque noire, des collants bariolés de jaune, de rouge, de violet. Une veste de cuir marron clair, des bottines...Lavée, brossée, repassée ... à l'extrême...Elle était ! Du rouge aux lèvres, du noir sur les cils, un parfum discret, mais pressant. Elle était...Devant moi !
La néni n'en laissait rien paraître, mais au fond elle était outrée !...Elle devait appartenir à la même congrégation que les parents de l'Aimée. Ils vont en troupeaux. Ruminant les écritures, mais ne les digèrent pas. Ils en nient l'essence et l'esprit. L'Aimée se détournait maintenant de ces vils enseignements que professent les hérétiques (les catholiques aussi sont des hérétiques) !
Oui l'Aimée !...Mais ce n'est pas si facile ? Il faut apprendre à renier ses parents, son pays, toutes ces coutumes écrasantes, ces traditions tenaces de la mémoire ancestrales...C'est pourquoi je suis là !
Car le Père me connaît parce que je crois en lui. C'est parce que je crois en lui qu'Il me connaît ! Moi, le voyant des bas-fonds et des rues obscures, celui que personne n'attend ! Il me rappelle à lui par la lumière de son Esprit. Car pour sauver son âme, cette seule âme, celle de l'Aimée...je donnerais ma vie !
Ainsi il me conduit par cette promesse que j'ai dans le c½ur, par ces larmes qui baptisent mes yeux. Il me bonifie, me sanctifie, m'élève à sa très haute et redoutable sapience...Car il prend les choses faibles du monde, les gueux, les inutiles, les laissés-pour-compte et tour ceux qui ont la semblance de leurs péchés déjà inscrit sur le visage.
Puis il les transfigure, par l'½uvre toute puissante de sa volonté, et leur donne des formes nouvelles. C'est en cela qu'il les affermit. Comme au premier jour, au premier cri, au premier souffle de vie...Mais elle est ancienne aussi cette foi ! Elle est sans définition et sans dogme, elle ne connaît aucun interdit...Sa substance est : « La volonté » JE VEUX (faire).Son essence est l'être : « JE SUIS »
-Pause-
J'avais des frissons car un vent léger traversait mon c½ur. Tout en parcourant de mes yeux le doux corps de l'Aimée, sans prendre aucun soin pour le lui cacher...J'évitais cependant son ½il sombre qui, je le savais...n'attendait que l'ombre de mon regard...pour se détourner.
Puis nous sommes sortis, sans mot dire. Nous avions rendez-vous avec deux Islandaises qui m'ont fait penser à deux poissons congelés quand je les ai vues, bien qu'elles soient très gentilles, et très laides !
Dans le tram, j'ai pris des photos de l'Aimée. La photo, c'est ma passion depuis que je la connais. Encore une chose que je lui dois ! Complaisamment,elle se laissait faire ... c'était bon !Toute de volupté et d'abandon,avec de la mollesse juste là où il faut...elle croisait et décroisait les jambes...toujours dans ma direction...Car elle se protégeait des autres...et me faisait confiance ... l'Aimée.
Moi, j'ai duré tant que j'ai pu ! Même jusqu'au bout...je les ai sauvées, « les apparences » !...Nous savions très bien tous les deux ce qui se passait ! J'étais comme une allumette qu'elle faisait craquer ! Personne n'a rien dit. Je n'ai pas avoué mon désir...Je me suis fait avoir tant de fois ... La franchise souvent ça paie pas, je le sais bien.
Je l'admirais pour son juste dosage d'innocence et de perfidie...Elle aime ça qu'on l'admire !
Puis, tous les quatre, avons été au « Café du Pardon ». Elle m'y a fait un très joli numéro. Ai-je déjà dit, qu'elle avait du talent ? Des choses si subtiles qu'elle s'en rendait à peine compte...Aux limites de l'inconscient ? Mais soigneusement, elle s'est « occupée »de moi. Elle a tout fait pour m'y remettre dans le droit chemin ... Oui, là !...entre ses cuisses. C'est le droit chemin pour moi ! Y'en a-t-il un autre de plus direct ? A part « Vivement le Mort ! »Bien sûr ! Moi, je n'ai jamais rien vu de plus direct, à part la folie.
Oui, je l'admirais...Elle aimait ça...et elle n'aimait pas ? Puis à chaque proposition de ma part, et devant son acquiescement, je me suis enhardi à l'inviter chez moi, fumer une ou deux cigarettes. Nous nous retrouvâmes ainsi chez la néni, où nous étions entrés en cachette après que je me sois déchaussé. Nous nous sommes assis sur le lit. Tout en discutant, je la prenais en photo.
Elle me confia qu'elle était à Emenîs pendant huit mois, comme jeune fille au pair ? Même qu'elle avait passé une journée à Encans, sans venir me voir...pour pas me « BOULEVERSER »qu'elle a dit !
Moi je pensais : « ce qui me bouleverse, c'est que tu fasses aussi peu cas de moi »...
Alors que je l'entreprenais gentiment ...Que le nuit s'éclaircissait de l'intérieur, tout s'est mis à dégringoler ?...D'un seul coup elle a voulu rentrer ! A peine le temps de sauter dans mes chaussures délacées, j'ai couru la raccompagner ! J'avais dû commettre quelques maladresses ? Elle m'a dit :
«Je suis désagréable avec ceux que je connais, seulement » !
Ça m'a fait un choc ! Puis elle a ajouté, avant de piquer une tête vers sa maison :
« Tu peux me téléphoner mercredi, si tu as envie... »
ENVIE DE QUOI ? Je me suis retrouvé seul, dans la nuit de Buda, avec le vent qui soufflait sur mon désir...Comme toujours...Et même le soleil qui renaît n'apaisera jamais cette obscurité qui me glace le c½ur...
Peut-être suis-je un démon, après tout ? J'en ai fait le rêve autrefois...Qu'est-ce que je peux y faire si je suis un démon ? C'est la faute à ma mère. A toutes les mères qui élèvent leurs garçons dans l'ignorance des femmes et de ce qu'elles sont ! Une mère et une femme, ça n'a rien à voir ! Non ! C'est même tout le contraire. Une femme c'est un être délicieux...mais qui vous supplicie !...




